Délégationde Vendée

Carte blanche de François Soulard sur RCF

« Notre rapport à la vérité »

Émission du mardi 9 avril 2019

« À l’approche des élections européennes, j’ai voulu regarder le débat du jeudi 4 avril sur France 2. En me faisant violence j’ai suivi les trente premières minutes et puis j’ai zappé sur un film qui n’avait absolument rien à voir avec le sujet. Ce débat à douze hommes et femmes politiques me repose la question de mon rapport à l’information […]. »
Retrouvez ci-dessous la « Carte blanche » de François Soulard, délégué diocésain du Secours Catholique. Chronique diffusée le mardi 9 avril 2019 sur RCF Vendée, et intitulée « Notre rapport à la vérité ».

« Notre rapport à la vérité »

publié en avril 2019

« À l’approche des élections européennes, j’ai voulu regarder le débat du jeudi 4 avril sur France 2. En me faisant violence j’ai suivi les trente premières minutes et puis j’ai zappé sur un film qui n’avait absolument rien à voir avec le sujet.

Ce débat à douze hommes et femmes politiques me repose la question de mon rapport à l’information ; comment déterminer le vrai et le faux dans les arguments annoncés comme des vérités par les uns et comme des “fakes news” par les autres. Je vous rappelle que les “fake news”, ça veut simplement dire : fausses nouvelles.

C’est donc notre rapport à la vérité qui est en jeu : discerner ce qui est vrai ou faux, ce qui est blanc ou noir, ce qui est positif ou négatif, ce qui est bon et mauvais.

Et si ce monde binaire n’existait pas ou que dans nos têtes, et si la vérité pure était une vue de l’esprit, une utopie ?

En effet nous voulons souvent tout simplifier, comme si le codage numérique en 0 et 1 était le mode de construction des relations entre les hommes.

Nous avons tendance à rejeter la faute sur les autres : ce sont les médias qui simplifient le discours, ce sont les réseaux sociaux qui diffusent des fausses nouvelles, ce sont les grands groupes financiers ou les politiques qui manipulent les informations pour mieux nous contrôler. Mais n’aurions-nous pas une part de responsabilité dans cette société que nous construisons ?

Que faisons-nous de notre liberté ? de notre capacité à choisir ? Nous laissons-nous nous influencer par des propos qui ne cherchent qu’à séduire, ou servir des causes plus ou moins respectables ?

Prenons l’exemple du Brexit au Royaume-Uni. Les Anglais ont choisi démocratiquement, par un référendum, de quitter l’Union européenne. C’est un fait et c’est le résultat des urnes. Mais nombreux sont ceux, y compris des Anglais, qui disent que, s’ils avaient su le risque que cela fait peser sur leur société, sur l’économie, sur l’emploi, sur leur relation avec l’Irlande ils n’auraient pas voté cela. Si les jeunes s’étaient déplacés pour voter alors sans doute que cette élection aurait été différente. Ils ont été abusés par des informations partielles, tronquées, voire partiales ou erronées.

Comment l’expérience des Britanniques va nous aider à choisir, à comprendre, à construire la société de demain ?

Avec les élections européennes, nous devons opter pour un projet de vivre-ensemble en Europe. Comment allons-nous regarder et trier les informations que nous allons recevoir ?

Je pense que la première démarche, c’est d’accepter que toutes les informations données sont une part, une facette de la vérité sur un sujet. Accepter de ne pas raccourcir, de ne pas généraliser à partir de cas particuliers.

Par exemple, ce n’est pas parce qu’un migrant a tué une personne, que tous les migrants sont des meurtriers. Ou encore, ce n’est parce qu’une banque a favorisé le départ de capitaux vers des paradis fiscaux que toutes les banques n’ont pour objectif que de favoriser les plus riches et enfoncer les plus pauvres.

Je pense qu’il faut que nous nous posions de bonnes questions pour avoir de bonnes réponses. Quelle société nous voulons construire demain ?

  • Une société qui permettra la libre circulation des personnes, car nous pensons que la diversité est une richesse à partager. Ou bien une société ou l’intérêt personnel est plus important que l’intérêt collectif ?
  • Une société qui protège les plus pauvres, et qui favorise les particularités, qui permet à l’ensemble des pays d’augmenter leurs protections sociales communes. Ou bien une société qui se construit avec le plus petit dénominateur commun comme système de référence ?
  • Une société qui construit un projet de transition écologique, qui permettra à l’ensemble des populations de mieux vivre ensemble et de préserver la planète. Ou bien un chacun pour soi invitant à consommer maintenant ce que l’on souhaite, sans se soucier des dix prochaines années ?

Oui, bien s’informer c’est faire des efforts.
C’est surtout ne pas simplifier, et accepter de n’être détenteur que d’une facette de la vérité. Mais c’est surtout notre responsabilité individuelle et collective, et notre liberté de citoyens. »

François Soulard, « Notre rapport à la vérité », dans l’émission « Carte blanche » du 9 avril 2019 sur RCF Vendée (4 min 06 s)

La chronique « Carte blanche » de François Soulard est diffusée sur RCF Vendée tous les quinze jours, le mardi matin.

Imprimer cette page

Portfolio