Délégationde Vendée

À la Tranche-sur-mer

Des vacances pour la première fois...

Ces familles ne savaient même pas ce qui se cachait derrière le mot vacances. Jusqu’à ce qu’elles posent leur valise à La Tranche-sur-Mer, après un confinement bien plus que compliqué

Ouest-France

publié en juillet 2020

« C’est vraiment super, c’est magnifique... », les yeux de Brahima pétillent de bonheur. En ce 14 juillet, on pourrait même y voir un feu d’artifice. Et pour cause : « C’est la première fois que nous partons en vacances », confie-t-il. C’est bien mieux que ce qu’on avait imaginé. On n’avait encore jamais vu la mer  ». Le ressac de l’océan, à un kilomètre de là, vaut toutes les cartes postales du monde.

Les sourires se bousculent sur les visages de toute la famille. Awa, la maman, n’en revient pas tellement : « C’est beau ! » et tellement : « Les gens sont gentils ! ». Alors elle remercie, encore et encore : « Jean-André et le Secours Catholique qui nous ont proposés ces vacances. », là-bas, à Paris, la ville de leur autre vie - la ville où ils ont passé le confinement dans une chambre d’hôtel dégotée par le 115 - compliquée, comme l’est leur quotidien depuis leur arrivée de Côte d’ivoire, il y a quelques années.

Vacances, un mot mystérieux

« Ce sont vraiment les familles qui en ont besoin qu’on accueille ici.  », constate Jean-Claude Brodu, le président de l’association La Pacifique. « Ç’aurait été dommage de ne pas pouvoir le faire cet été à cause du Covid. » Heureusement, le virus n’a pas terrassé ce petit îlot à l’écart des galères du monde.

Justement, Rahma s’affaire dans un autre appartement du logis de La Tranche-sur-Mer. Elle aussi est arrivée de Paris, pour une semaine, avec son mari et leurs trois enfants : « C’est la première fois que j’ai des vacances.  », glisse-t-elle dans un sourire timide. Un mot mystérieux, une notion un peu floue au moment de faire les valises. « Je pensais qu’il y avait des manèges. », susurre-t-elle, avant de dire son plaisir d’aller : « À la plage  », comme elle le faisait au Maroc.

Une bouffée d’air iodé avalée à plein poumons après : « Ce confinement assez dur, où on était cinq dans 20 m2. »

Des souvenirs très précieux

Ces confidences de peu de mots, les bénévoles de l’association les reçoivent de plein fouet au gré des cafés et des rencontres. « Ça nous marque », avoue Lucette Caquineau, au côté de son mari Robert-Jacques : « On vit des choses très fortes ici.  ». Cette semaine, le couple, présent 24 heures sur 24, se montre disponible pour un coup de main, un rendez-vous chez le médecin...

Pendant ce temps : « Les gamins courent. Non, ils volent plutôt ! », sourit Jean-Claude Brodu, en observant les enfants dans le jardin. Cet ancien enseignant sait que ces petits moments, où on se fabrique : « Des souvenirs de vacances !  », sont précieux. Notamment parce que : « À chaque rentrée, on demande aux enfants ce qu’ils ont fait pendant l’été. C’est dur de devoir dire rien, au milieu des autres ! »

Une maison pour orphelins

À La Pacifique, beaucoup d’enfants malmenés par la vie ont vécu d’inoubliables aventures. Il y a soixante ans, c’était une maison de vacances pour les enfants de l’orphelinat de Curzon.

Le site est devenu une colonie de vacances avant que d’anciens enfants de l’orphelinat lui offrent un autre destin. C’est à eux qu’on doit l’idée de transformer les locaux en appartements pour les familles qui ne partent pas en vacances.

Depuis les années 2000, douze logements les accueillent, gérés jusqu’ici par le Secours Catholique, les Restos du Cœur, Vacances’ et familles, la Caf...

La pose des valises ne marque pas toujours un départ imminent pour la détente. « Quand on est habitué à partir en vacances, on s’y met tout de suite. Souvent pour ces familles, il faut souvent deux ou trois jours avant d’être dedans. », sait Jean-Claude Brodu.

À quelques pas, Boubacar sourit. C’est le parfait lien entre les deux mondes. Arrivé de Guinée en 2018, il a été bénévole ici, l’été dernier. Depuis, il a obtenu un titre de séjour et y est désormais en service civique. À la Pacifique, une porte s’ouvre sur un nouvel horizon.

Marylise Kerjouan marylise kerjouan@ouest-france.fr

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